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Podcasts (membres)

16 octobre 2020 : D. Vieau : https://pod.univ-lille.fr/video/18802-seance-ssaal-16-octobre-2020/

20 novembre 2020 : A. Cortot : https://pod.univ-lille.fr/video/18803-seance-ssaal-20-novembre-2020/

18 décembre 2020 : M. Levasseur : https://pod.univ-lille.fr/video/18804-seance-ssaal-18-decembre-2020/

19 février 2021 : C. Kergomard : https://pod.univ-lille.fr/video/18805-seance-ssaal-19-fevrier-2020/

19 Mars 2021 : J.M. Guislin: https://pod.univ-lille.fr/video/18800-seance-ssaal-19-mars-2021/

Les six bourgeois de Calais qui ont failli n’être pas de Rodin

C’est un groupe de sculptures mythique, réalisé en 1895 par le plus célèbre sculpteur de son époque, Auguste Rodin. Mais il s’en est fallu de peu qu’un autre géant de la sculpture en soit l’auteur : David d’Angers. Un plongeon dans les publications de l’époque nous apprend pourquoi les calaisiens ont dû patienter cinquante ans pour voir leur rêve devenir réalité : un monument à la gloire d’Eustache de Saint Pierre et de ses compagnons, qui, la corde au cou, ont sauvé en 1347 la ville de son anéantissement par le Roi d’Angleterre, Edouard III, après plus d’une année de siège.

Un élan patriotique s’empare de la France !

Dans cette première moitié du 19ème siècle les villes de France ont le cœur patriotique. Chacune redécouvre « son grand homme illustre » et  c’est à qui élève le plus beau monument en sa mémoire : ce sera Buffon à Montbard, Jeanne d’Arc à Orléans, Montaigne à Bordeaux, Fénelon à Cambrai. Dieppe honore l’illustre amiral Duquenne, Lille son héroïque Déesse, Nantes le brave général Cambronne, et Strasbourg est à la veille d’avoir « son » Gutenberg.

Chose étonnante, les villes se sollicitent entres elles lors des souscriptions.  L’appel en 1840 des autorités de Strasbourg conviant toutes les communes de France à prendre part à la réalisation d’une statue de l’inventeur de l’imprimerie donne des idées aux membres de la société d’Agriculture, du Commerce, des Sciences et Arts de Calais.   Pourquoi, se disent-ils, n’élèverions-nous pas à notre tour une statue en bronze à l’héroïque bourgeois calaisien du XIVe siècle dont une publication historique toute récente, couronné par la médaille d’or de la ville, vient de raviver le souvenir.

L’année suivante, le 15 août 1841, Boulogne et ses nombreux invités du Pas-de-Calais, du Nord et de la Somme voient se dresser la statue de Napoléon sur la colonne en marbre comme trace de son passage sur le sol boulonnais. L’élan est donné, la vénérable Société se veut l’unique porteur du projet pour Calais. Son secrétaire-archiviste, Ernest Le Beau, ignore encore qu’il va y consacrer plus de dix années de sa vie sans voir un jour s’élever un monument à la gloire d’Eustache de Saint Pierre.

Le projet avance d’un grand pas en 1845. Dunkerque est à la veille d’inaugurer la statue de son corsaire bien-aimé, Jean Bart, en présence du statuaire David d’Angers (1788-1856). L’artiste est au sommet de sa gloire. Son œuvre compte 55 statues, 150 bustes, 70 bas-reliefs, 20 statuettes et 500 médaillons. La France et toute l’Europe le sollicite ; même la ville de Philadelphie fait appel à son talent pour immortaliser Thomas Jefferson, 3ème président des Etats Unis.

La présence annoncée du plus célèbre sculpteur de son temps dans la ville voisine est pour nos braves calaisiens une opportunité qu’ils estiment devoir saisir sans tarder. Ernest Le Beau, secrétaire-archiviste prends sa plus belle plume et adresse le 5 février 1845 une missive au sculpteur, à son domicile parisien, situé dans le 11ème arrondissement :

Monsieur,

Il y a dans la vieille histoire de Calais un grand citoyen que toute la France revendique depuis des siècles comme l’une de ses plus belles gloires nationales : ce grand citoyen c’est Eustache de Saint Pierre…

Or monsieur, voici ce que vous écriviez, le 25 juillet dernier à l’un de vos compatriotes à propos du monument de Mathieu de Dombasle : Les hommes utiles à leur pays, ceux qui l’ont honoré par leur génie ont été le culte de ma vie entière ; ce que j’ai fait pour la mémoire de plusieurs qu’entr’eux, je le ferai donc avec bonheur pour l’homme honorable dont il s’agit …

En présence de ces généreuses paroles monsieur, notre Société n’a pas hésité ; elle a décidé à l’unanimité qu’avant d’ouvrir une souscription pour l’érection d’une statue à Eustache de Saint Pierre, elle solliciterait votre concours.

La suite de la lettre est une véritable supplique au maitre :

« Ce concours, monsieur, elle ose espérer que vous ne le lui refuserez pas. Vous, auquel on doit déjà tant d’œuvres magnifiques ; vous dont le ciseau a donné la statue de Gutenberg à Strasbourg et celle d’Armand Carrel à Saint Mandé….ce sera un titre nouveau pour vous, Monsieur, d’avoir fait une statue à la base de laquelle ont travaillé, depuis Froissart, tant d’illustres écrivains : les Chateaubriand, les Augustins Thierry, Les Michelet…, à Boulogne la colonne de la Grande Armée , à Dunkerque le nom foudroyant de Jean Bart ; à Calais, le souvenir d’Eustache de Saint Pierre, c’est à dire d’une héroïque résistance envers le Roi Anglais, d’un admirable dévouement à la cité ».

Signé, les Membres du bureau

 

Dix jours plus tard David d’Angers répond en ces termes :

« Monsieur,

Je suis heureux et fier de m’associer à l’hommage mérité que la ville de Calais veut rendre au généreux citoyen qui se montra si dévoué au salut de ses compatriotes, si courageux devant l’ennemi de notre chère patrie.

 Veuillez donc, en exprimant à MM. Les membres de la Commission, toute ma gratitude de ce qu’ils n’ont pas douté de la sympathie qu’éveillerait en moi le souvenir d’une action patriotique, les assurer que mon temps et mon travail sont tout à leur disposition ».

Signé David d’Angers

Une joie immense s’empare des membres de la Société ; ils imaginent déjà le bronze installé au centre de la Place d’Armes au cœur de la vieille ville à côté de la Tour du Guet (le faubourg Saint Pierre ne sera rattaché à Calais qu’en 1885). On s’enquiert auprès des dunkerquois de la dépense approximative du monument de Jean Bart, toute en sachant que la matière première, le bronze, doit être fourni par le gouvernement ou directement par le Roi Louis Philippe. Une première estimation englobant le piédestal et ses accessoires, les bas-reliefs et le bronze s’élève à 25.000 francs. Il n’y a plus une minute à perdre pour lancer une souscription. Une lettre est envoyée à sa majesté le Roi, le priant de prendre sous son patronage la souscription pour le futur monument : « Sire, pour pouvoir réaliser sa pieuse et patriotique entreprise, surtout pour lui donner le caractère élevé et national qui lui appartient, Calais a besoin d’un tout puissant patronage ; c’est le vôtre que notre ville vient solliciter avec ardeur, par notre organe, et elle ose espérer que vous voudrez bien le lui accorder… ».

L’aide de camp du Roi, le Baron de Berthois, accuse réception en ces termes : « Le roi a reçu la demande de votre Commission avec sa bienveillance accoutumée et je pense qu’il y fera répondre très prochainement par le secrétaire de son cabinet… ». Les calaisiens pleins de confiance attendent la réponse du Roi qui ne peut être que favorable. Hélas elle tarde à venir, et en fait n’arrivera jamais (on explique ce silence par la susceptibilité du Roi ayant sollicité David d’Angers pour réaliser sa statue, et celle du sculpteur, républicain dans l’âme, ayant refusé cette commande.)

Malgré le silence du Roi, on lance les souscriptions. Le Conseil général dans sa séance du 29 août 1845 vote à titre de subvention départementale une somme de 500 francs.  L’honorable rédacteur en chef du Journal de Calais, monsieur Vanderest, s’inscrit pour une somme de 25 francs en s’engageant aussi à mettre son journal à la disposition de la Société pour recommander la souscription à tous les citoyens de l’arrondissement. Il est suivi dans cette démarche par le Progrès du Pas-de-Calais, l’Eclaireur de Saint Omer et même La Colonne de Boulogne (en dépit de la très vive concurrence entre les deux villes). L’académie d’Arras souscrit 50 francs. Il devient alors nécessaire de créer une commission de souscription avec en tête de liste les corps constitués de la ville (le maire, le curé-doyen, le capitaine au long-cours…)

David d’Angers arrive à Calais

Le 7 septembre 1845 est un grand jour pour la population dunkerquoise et ses autorités : on va inaugurer la statue de Jean Bart. Depuis plusieurs jours la ville est en émoi, partout arcs de triomphe, guirlandes et draperies ornent les rues ; à lire la presse, les rues les mieux décorées sont la rue de l’Eglise, la rue d’Orléans et surtout la rue Neuve. La garde nationale est là dès 9 heures du matin tout comme les « frères d’armes » des cités voisines escortés de leurs fanfares, les marins de Calais et Gravelines, plus les délégations d’Armentières, Lille, Tourcoing, Bergues, Saint Omer et de Calais bien sûr. Le cortège se réunit en carré sur la Place Royale autour du monument. Se mêlent alors au bruit des cloches et de l’artillerie les acclamations de la foule et des officiels lorsque dans un geste solennel est enlevé le drapeau dunkerquois qui recouvrait la statue. L’hymne à Jean Bart, chanté par plus de deux cents voix, clôt l’hommage.

Bien avant la cérémonie une invitation des plus chaleureuse a été envoyée à David d’Angers par les calaisiens, lui proposant un détour par la ville au lendemain de l’inauguration dunkerquoise afin d’examiner lui-même l’emplacement destiné à la future statue.  La réponse de l’artiste arrive en ces termes « je savais que je serais faible en présence de vos sollicitations, car je sentais que mon cœur me portait vivement à Calais. Mais recevez-moi incognito, entre nous, les réceptions comme celles que vont me faire les braves populations de Dunkerque tuent par les émotions qu’elles donnent ».

Après un détour par Saint-Omer où des amis l’attendaient, David d’Angers arrive discrètement le dimanche, tard dans la soirée en voiture particulière à l’hôtel du Commerce. Ce n’est que le lendemain qu’il ose frapper à la porte de l’un des membres du Comité ; l’illustre visiteur a trois heures à leur consacrer avant de prendre la diligence pour Paris (le chemin de fer n’arrivera à Calais qu’en 1848). On fait préparer en toute hâte un déjeuner à l’hôtel Dessin rue Royale, mais auparavant, en compagnie de dix membres du Comité, David d’Angers va visiter la Place d’Armes, l’église Notre Dame, l’Hôtel de Ville et même l’atelier de Messieurs Olivier et Augustin Isaac, peintres amateurs. Comme il fallait s’y attendre, le sculpteur s’arrête longuement sur la Place d’Armes, décrivant avec hardiesse et sûreté l’endroit où il entend élever la statue des glorieux bourgeois de Calais : « Cette statue, dit-il, doit occuper le milieu de la place, le dos tourné à l’est, le côté droit à la rue du Havre et la face à l’ouest, du côté de Sangatte, où se trouvait le camp d’Edouard ; c’est de ce côté que la statue doit se diriger, parce que c’est là que s’est accompli le dévouement. Et enfin, de votre Hôtel de Ville on pourra voir la figure d’Eustache de Saint Pierre ; et si votre cité était de nouveau assiégée, je me figure vos magistrats municipaux parlant à la population du haut du balcon et l’électrisant en lui indiquant la statue et le sublime enseignement qu’elle rappellera ». Et il ajoute, qu’avec les proportions de la place, « dix pieds suffisent aux dimensions de la statue et la même élévation au piédestal ».

Il lui reste juste encore le temps de visiter le port qu’il n’avait pas revu depuis vingt ans ; il le trouve fort changé, agrandi, amélioré. A onze heures et demie tout ce petit monde se rend à l’hôtel Dessin pour le déjeuner servi dans une riche vaisselle plate, dans le splendide salon surnommé le Salon des Princes car des têtes couronnées ont fréquenté cet établissement – qui passait au XVIIIème siècle pour le plus réputé du continent. La chaleur du banquet aidant, David d’Angers laisse libre cours à son imagination et commence à décrire la statue telle qu’il la conçoit : « Je conserverai la chemise traditionnelle, cette glorieuse tunique du martyr. Mais soyez tranquille : mon Eustache ne ressemblera pas à un vaincu… des bas-reliefs diront ensuite ce drame tout entier et Jean de Vienne ne sera pas oublié : le courage militaire aura donc aussi sa place ». Le génie du maitre fait forte impression ; tous « voient » le bronze éloquent se dresser sur son socle. L’artiste termine par un toast « ma visite aujourd’hui ne compte pas messieurs, ma visite sérieuse sera celle où je laisserai à votre ville ma carte de bronze de statuaire. Mais pressez-vous messieurs, car je ne voudrais pas mourir sans avoir payé ma dette au plus noble, au plus sublime dévouement qui illustre notre histoire nationale. Dans deux ans inaugurez votre statue et comptez sur vos concitoyens, renommés pour la générosité de leur cœur… »

 

Et maintenant à l’œuvre !

Encore toute ému de la visite de David d’Angers, le Comité est prêt à tous les sacrifices pour trouver l’argent nécessaire. Vouloir c’est pouvoir disent-ils. Mais le destin en a décidé autrement. Jeudi 24 février 1848 : la monarchie tombe, la République la remplace.  Nullement découragé, le Comité de soutien ne perd pas une minute pour exposer dès le 4 mars son projet par lettre « Aux citoyens membres du gouvernement provisoire de la République française ».  Le 5 mars l’archiviste-secrétaire Ernest Le Beau se rend à Paris chargé de la lettre et de près de 2.000 signatures. Le 7 mars il est reçu à l’Hôtel de Ville par le gouvernement provisoire, représenté par Alphonse de Lamartine, jadis député de Bergues (1833) qui le rassure et lui promet de le recommander au ministre compétent.  Ernest Le Beau se rend sans perdre un instant à la Mairie du 11ème arrondissement de Paris où David d’Angers vient d’être nommé Maire. Les deux hommes s’embrassent fraternellement et se séparent heureux et confiants. A Calais on continue à remuer ciel et terre pour trouver le financement. Survient le coup d’Etat du 2 décembre. Comme bien des Républicains, David d’Angers doit quitter la France. Il se réfugie en Grèce et ne rentre en France que pour y mourir le 5 janvier 1856. Fin d’un beau projet…

 

Epilogue

Le 3 juin 1895 on inaugure sur l’emplacement des anciennes fortifications le monument Les Six-Bourgeois de Calais, placé sur un socle en marbre, posé sur le terre-plein situé entre le nouvel Hôtel des Postes et le jardin Richelieu (actuel boulevard Clémenceau). Le sculpteur n’est autre que Auguste Rodin à qui la ville a passé commande en 1885. L’œuvre de Rodin Les Six Bourgeois est connue dans le monde entier. Sa renommée est telle que 11 villes, Copenhague,  Mariémont,  Londres,  Paris, Tokyo,  Bâle,  Séoul, Philadelphie, Washington,  Pasadena,  New York en érigent une réplique.

 

Le sculpteur Jean David D’Angers n’est pas un inconnu pour la SSAAL. Elle lui a décerné en 1846 une médaille d’or d’une valeur de 300 francs pour la rédaction de la meilleure notice sur le sculpteur Roland, homme du nord. Il est venu à Lille en juillet 1846 pour assister à la Séance Solennelle et pour recevoir des mains du président de séance, Thémistocle Lestiboudois, sa médaille d’Or. Il en devient membre correspondant aussitôt. Sa notice est publiée dans le Mémoire de la SSAAL daté de 1846, le rapporteur fut Pierre Legrand (1804-1859), député du Nord… et membre de la SSAAL.

Les roses, recherches et créations

Monsieur Desprez,

Saviez-vous que La Pucelle de Lille est née dans le quartier d’Esquermes en 1899 ? D’après les témoins d’époque, elle porte une robe rouge pourpre et exhale un parfum exquis. Vous l’avez compris, notre Pucelle est une rose et son créateur est le rosiériste  Miellez qui appartient à une vieille maison de créateurs de roses installée à Esquermes lez Lille depuis le milieu du XVIIIème siècle. Son fondateur, Louis Xavier Miellez avait été l’un des tout premiers en France à s’occuper « en grand » des roses galliques.

On lui doit déjà vers 1828, 212 variétés de roses, dont certaines sont encore dans le commerce, voici quelques noms, dont bien sûr : Honneur d’Esquermes et Honneur des Flandre, ou plus exotique : Feu Turc, Flammes du Vésuve, Forges de Vulcain, Cupidon, Calife de Bagdad, Chapeau de Napoléon, MAIS surtout dans la famille Miellez je soupçonne la présence d’une épouse nommé Agathe car nous avons Agathe couleur de Soie en 1824, Agathe Chérie en 1825, Agathe Amusante en 1827, Agathe Admirable en 1843 et Agathe Précieuse en 1886.

Saviez vous qu’un homonyme, rosiériste comme vous, nommé Jean Desprez a créé dans les années 1825/30 une trentaine de roses à Yèbles, petit village de la Seine et Marne ? Parmi ses roses obtenues la « Desprez à fleurs jaunes » est restée célèbre du fait de sa vente à un marchand hollandais Monsieur Sisley-Vandaël, dans des conditions assez extravagantes : un beau jour, rendant visite à Jean Desprez à Yèbles en chaise de poste et sans même vouloir entrer au jardin, il clame haut et fort (l’histoire a été racontée plus tard par un témoin de la scène, Charles Desprez, fils de Jean) : « Monsieur, j’ai loué à Paris un terrain où je compte installer une pépinière au 31, rue Vaugirard face au jardin du Luxembourg, je tiens à débuter par un coup d’éclat, l’exploitation de votre rose jaune ! Combien voulez-vous me la vendre ? – Je ne suis pas marchand de roses – « Il ne s’agit point ici de commerce, V. Hugo, Lamartine, font bien éditer leurs œuvres et moi je serai l’éditeur de vos roses. Alors notre « Rosomane » (ainsi que Desprez aimait la nommer), succombe à l’offre et il réclame mille écus (3000 francs). Bien sûr la nouvelle de ce marché fit sensation parmi les jardiniers et depuis la Rose nommée « Desprez à fleurs jaunes » est devenue célèbre sous le nom de « la Mille Ecus ». J’ajoute que Jean Desprez avait planté dans un jardin clos 200 rosiers blancs  s’approchant du bleu, c’est à dire l’ancienne rose indigo qui virait vers le violet.

A la fin du siècle dans toute la région autour de Yèbles et Grisy-Suisnes, les rosiéristes se lanceront dans la culture des roses, vendues en fleurs coupées aux Halles de Paris et transportées dans des paniers d’osier dans le train qui reliait Brie Comte Robert à la Bastille de 1872 à 1953, et, bien sûr, ce train fut surnommé « le train des roses ».

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La rose Desprez « à fleurs jaunes

Véra DUPUIS

HOMMAGE A JEAN-CLAUDE MALGLOIRE

Jean Claude Malgoire nous a quittés subitement le 14 avril. Ça a été évidemment un choc énorme pour sa famille, pour tous ceux qui le connaissaient, en particulier les musiciens de la Grande Écurie et la Chambre du Roy, pour toutes les personnes impliquées dans le bon fonctionnement de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, pour le monde musical en général et pour tous ceux, très nombreux, qui l’avaient beaucoup aimé en tant que musicien et en tant qu’homme.

Jean Claude Malgoire avait commencé sa carrière comme hautboïste et cor anglais. Il avait joué au sein de l’orchestre de Paris sous la direction des plus grands chefs d’orchestre, Munch, Solti, Barenboïm, Klemperer, Ozawa, Bernstein, et Karajan. Celui-ci le considérait  comme le meilleur hautboïste de l’époque.

Il a été le premier français à s’interroger sur l’interprétation des œuvres musicales des XVIIème et XVIIIème siècle jouées sur des instruments modernes. Ceci l’a amené en 1966 à créer un orchestre, La Grande Écurie et la Chambre du Roy, 1er orchestre français utilisant des instruments anciens. C’est lui aussi qui a fait redécouvrir la musique française de cette époque, Rameau, Lully, jugée alors comme musique facile. Alceste reste un succès majeur dans sa carrière.

En 1981, il crée l’Atelier Lyrique de Tourcoing, une chance énorme pour nous, dans la Région. Cette structure a permis à de nombreuses personnes de découvrir des opéras de qualité dans un contexte différent de l’opéra de Lille. Il en fait un laboratoire d’épanouissement de toutes les créations. Il programme non seulement Monteverdi et la trilogie Mozart/Da Ponte mais aussi des œuvres contemporaines.

La Grande Écurie et la Chambre du Roy s’est produite dans les endroits les plus prestigieux (Théâtre des Champs Elysées, Invalides, Chapelle Royale de Versailles) mais aussi dans des sites plus insolites comme le stade couvert de Liévin lors de la Cérémonie commémorative de la catastrophe minière de Courrières qui a été un moment d’émotion inoubliable pour ceux qui ont pu y assister. 

Depuis plus de 50 ans cet ensemble original compte plus de 5000 concerts sur les 5 continents, et plus de 150 enregistrements.

Jean Claude Malgoire était un découvreur de talents : Dominique Visse, Véronique Gens, Philippe Jaroussky, et plus récemment Sabine Devieilhe, des chanteurs qui malgré leur succès lui sont restés fidèles.

Il faisait confiance aussi aux musiciens amateurs. C’est ainsi que le Chœur Régional Nord Pas de Calais maintenant Chœur des Hauts de France a pu donner plus de 100 concerts sous sa direction, avec des œuvres majeures comme le Messie de Haendel, les Passions de Bach ….

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En dehors du musicien, l’Homme était remarquable par son urbanité, son alacrité, son rapport avec les autres, sa faculté de partager simplement son savoir. C’était un conteur et on avait du bonheur à l’écouter parler. C’était un chef d’orchestre qui accueillait son public dans le hall d’entrée les soirs de concert.

La Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts lui avait remis le grand prix des Arts Delphin Petit en 2016. Il en avait été très flatté et heureux de venir le recevoir. Nous avions pu à cette occasion mesurer sa faconde provençale. 

Il avait accepté, malgré un emploi du temps très chargé, de clore le cycle de conférences organisé sur le thème « Musique et Cerveau ». Cette occasion aurait été une façon assez unique de comparer les points de vue des scientifiques et celui d’un très grand musicien.

La Société des Sciences de l’Agriculture et des Arts présente ses condoléances à toute sa famille et en particulier à Renée, son épouse qui l’a énormément secondé ainsi qu’à tous ceux qui l’ont entouré tout au long de sa vie. 

Jean Claude BEAUVILLAIN

Vice-Président de la SSAAL

Frédéric Kuhlmann

DANS LA FAMILLE KUHLMANN, JE DEMANDE LE PERE :

FREDERIC KUHLMANN, SCIENTIFIQUE ET INDUSTRIEL

Il a réalisé son rêve : voir réaliser son buste en 1870 par l’un des plus célèbres sculpteurs, Albert-Ernest Carrier-Belleuse (exposé au Palais des Beaux-Arts de Lille). Qui était Kuhlmann, cet alsacien né à Colmar, en 1803 : Chercheur universitaire, chimiste ou industriel ? ou Co-fondateur du Crédit du Nord, Fondateur de l’Ecole Centrale de Lille, Président de la Chambre de Commerce , Conseiller général du canton Lille Nord-est, Président de la Monnaie de Lille ? Tout cela à la fois. Et c’est à Lille qu’il a commencé sa longue carrière, nommé professeur pour le cours public de chimie, qui venait d’être fondé. Le jeune Frédéric a alors tout juste vingt ans. Il achève son enseignement en 1854 (son successeur n’étant autre que Louis Pasteur). Quant au chimiste, il fonde sa première usine à Loos-lez-Lille en 1826, où il produit d’abord de l’acide sulfurique utilisé pour blanchir les textiles. D’autres usines vont suivre à La Madeleine et à Saint André pour décolorer les fibres, pour produire engrais et colorants. L’homme est un touche-à-tout : il se fait architecte dessinant les plans et construisant des chambres de plomb, des fours à potasse, des raffineries de noir animal. Et lorsqu’en 1853 la chambre de Commerce de Lille organise une réception en présence de Napoléon III, c’est naturellement lui qui fait le discours, offrant à Sa Majesté deux médailles en or frappées à la Monnaie de Lille, ainsi qu’une truelle en or, avec l’espoir que l’Empereur posera la première pierre du monument dédié à son aïeul, Napoléon 1er, dans la cour de la Vieille Bourse (1).

Notre industriel fut évidemment membre (1824) et à 4 reprises Président de la SSAAL : 1836-1840-1859 et une dernière fois en 1873, il est alors aussi le doyen de la Société. Il avait  débuté ses publications dans les bulletins de la SSAAL en 1823 avec deux notes de chimie industrielle sur les eaux de lessivage et sur un quinquina propre à la teinture, il  continuera à publier régulièrement ses observations et découvertes dans les mémoires de la SSAAL, dont voici quelques exemples : en 1826, observations sur le principe colorant de la garance ; en 1829, une longue note sur l’emploi du sulfate de cuivre dans la fabrication du pain ainsi que des études sur la possibilité d’élever des vers à soie dans le Nord, soit en introduisant la culture du mûrier, soit au moyen de feuilles de scorsonères (herbacée voisine du salsifis) ; en 1853, il fait part à la Société de ses recherches sur la silicatisation des pierres servant aux constructions. Commençant alors à faire passer dans la pratique les résultats de plusieurs années d’études sur les silicates solubles, en 1861 il parle de la substitution de sels de baryte aux sels de potasse dans la teinture et l’impression sur étoffe. Son fils Fréderic rejoint la compagnie en 1863, poursuivant dans les Mémoires de la SSAAL les publications sur les recherches menées dans l’établissement Kuhlmann.

Kuhlmann père a partagé pendant plus de 50 ans l’histoire de la SSAAL. Cette longévité lui a permis d’assister aux évolutions interne de la SSAAL : il a connu l’époque des « Amateurs des Sciences et des Arts à son entrée en 1824, il a participé aux changements en 1829 en « Société Royale des Sciences, de l’Agriculture et des Arts », avant qu’elle ne devienne en 1851 « Société Impériale » et finalement SSAAL. Les deux Fréderic K, père et fils vont mourir à quelques mois d’intervalle, le 1ier le 27 janvier 1881, le 2nd le 2 août 1881. Chaque année depuis 1882, la SSAAL décerne Le Prix Kuhlmann à une personnalité scientifique, sélectionnée selon les critères imposés par le donateur, F. Kuhlmann, pour des « découvertes ou travaux concernant l’avancement des sciences ou leur application accomplis dans le département du Nord.

Le petit-fils, Edouard Agache-Kuhlman, sera également Président de la SSAAL en 1902.

Kuhlmann, père et fils

  • La pose de la première pierre du monument dédié à l’Empereur Napoléon Ier au centre de la cour de la Vieille Bourse eut lieu le dimanche 9 octobre 1853. Officiaient devant une assemblée d’officiels : Frédéric Kuhlmann, président de la Chambre de Commerce de Lille et le Délégué de Sa Majesté l’Empereur Napoléon III, le Sénateur Dumas. Le Sénateur tenait en main une truelle en argent, confectionnée spécialement pour la cérémonie. L’immense statue de bronze, commande de la Chambre de Commerce, à pour but de « rappeler à la postérité la plus reculée, la part que l’Empire a prise au développement de l’industrie française, de rappeler notamment les mémorables décrets qui ont servi de berceau à l’industrie du sucre de betterave et de la filature mécanique du lin… ». La chose fut bien comprise par le sculpteur du nord, Henri Lemaire, qui créa un Empereur de 5 mètres de haut, en costume impérial, tenant d’une main le sceptre et étendant l’autre sur les attributs de l’industrie posés à ses pieds (soit une belle grosse plante de betterave et une botte de lin, attributs assez surprenants pour cette statue toute en majesté). Ajoutons pour la petite histoire, que les bronzes de la statue de l’Empereur proviennent de canons pris à l’ennemi au cours de la bataille d’Austerlitz, donnés à la ville de Lille par Napoléon 1er. La sculpture a intégré le Palais des Beaux Arts de Lille en 1976.

Dans son discours du 11 décembre 1881, lors de la Séance Solennelle, J Gosselet, (Président de la SSAAL) et A. de Norguet (Secrétaire de la SSAAL) évoquent les disparitions de Kuhlmann père et fils : « Avant de mourir, comme s’il eût prévu le nouveau malheur qui allait frapper sa famille et éteindre son nom, Kuhlmann père voulut le perpétuer parmi nous. Il nous légua une somme de 50.000 francs pour la fondation de deux prix, destinés à récompenser chaque année les meilleurs travaux scientifiques accomplis dans le département. Il serait trop long de citer ici tous les mémoires que F. Kuhlmann père fit insérer dans les publications de la Société. Il a pris soin dans les dernières années de sa vie de réunir en un volume-recueil tous les travaux ; sur soixante Mémoires environ plus de deux tiers avaient d’abord paru dans nos volumes. Monsieur Kuhlmann fils, comme son père, nous entretint souvent de chimie industrielle ; ses communications principales eurent pour objet les sels de thallium, les procédés de fabrication de l’acide nitrique, le tirage des cheminées d’usine. Il nous racontera ses voyages aux solfatares de la Sicile et aux Mines de Norvège et celui qu’il fit aux Etats-Unis comme membre du jury français à l’Exposition de Philadelphie ».